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Le temps de l’auto-stop

Résumé : Le temps de l'auto-stop Liberté, mobilité, sécurité en France des années 1930 aux années 1970 52.000 signes Arnaud-Dominique Houte (Centre d'Histoire du XIXe siècle, Sorbonne-Université) Un homme seul grimpe dans un camion qui l'emmène sur une longue route désertique ou embrumée. Voici comment l'on pourrait résumer les scènes d'exposition, curieusement parallèles, de deux films sortis à quelques mois d'écart, Le Quai des Brumes et Les Raisins de la Colère 1. L'un déserteur (Jean / Jean Gabin), l'autre libéré de prison (Tom Joad / Henry Fonda), les vagabonds des temps modernes font de l'auto-stop. Non sans difficulté : Tom Joad doit convaincre le conducteur de passer outre l'interdiction édictée par le patron et ostensiblement étiquetée sur le pare-brise (« no riders allowed »). Non sans tensions : Jean en vient aux mains avec le chauffeur qui a failli écraser un chien (« on va tout de même pas se bagarrer pour un clebs »). Mais tout finit bien pour nos héros qui descendent à destination et se dirigent vers de nouvelles (més)aventures. Laissons-les à leur destin, et arrêtons-nous sur cette pratique de l'auto-stop qui émerge ainsi à la fin des années 1930. Le fait d'arrêter un véhicule pour se faire transporter gratuitement n'est pas inédit, et les chemins de foires étaient encombrés de piétons bien contents de trouver un « pays » équipé d'une carriole qui les ramènerait plus rapidement et plus confortablement à leur domicile. La radicale nouveauté du mot « auto-stop » 2-anglicisme dérivé du hitch-hiking-traduit toutefois la transformation et l'intensification du phénomène à l'heure où l'essor inégalitaire de l'automobilisme rencontre une demande accrue de mobilités. Au temps de la Grande Dépression, il serait tentant d'y lire le triste reflet d'une crise économique qui contraint les budgets de transport. Mais le phénomène a sans doute davantage à voir avec la société des loisirs naissante, ainsi qu'avec la démocratisation des déplacements : « l'auto-stop est l'auto rêvée de ceux qui n'en ont pas », lit-on dans la presse, en 1937, dans l'une des toutes premières descriptions grand public de cette « variante du système D » 3. Cette pratique populaire a donc partie liée avec les rapides progrès de l'émancipation juvénile, mais aussi avec le desserrement d'une morale traditionnelle soucieuse de la propriété, des convenances et des hiérarchies, autant de valeurs nécessairement ébranlées par le partage improvisé d'un habitacle réduit... Car l'auto-stop n'est pas un simple mode de locomotion ; son développement contrasté porte des fantasmes, des imaginaires et des débats qui disent beaucoup des mutations socio-culturelles du second tiers du XXe siècle. Devant cet objet moins anecdotique et plus transversal qu'il n'y paraît, il faut assumer les imperfections et les lacunes d'une recherche exploratoire et pionnière 4 , réduite à l'étude du seul cas
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Contributor : Hal Sorbonne Université Gestionnaire <>
Submitted on : Monday, June 21, 2021 - 1:16:24 PM
Last modification on : Tuesday, July 13, 2021 - 3:29:33 AM

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Arnaud-Dominique Houte. Le temps de l’auto-stop. 20 & 21. Revue d'histoire, Presses de Sciences Po, 2021, N° 148 (4), pp.3-15. ⟨10.3917/vin.148.0003⟩. ⟨hal-03265978⟩

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