Perles d’Afrique, des données archéologiques aux objets actuels : utilisations et symbolisme à travers l’exemple des perles du Cameroun

Résumé : La thèse est consacrée à l’étude diachronique des perles en Afrique. Leur production est avérée depuis près de 100 000 ans. Elles sont fréquemment trouvées en contexte funéraire, plus rarement en prospection et dans des sites d’habitat du fait de leur utilisation par les populations locales actuelles. La permanence de la fabrication et l’intérêt pour les perles anciennes conduisent à s’interroger sur les causes de cet engouement si durable sur le continent. Pour y répondre l’étude propose une réflexion tripartite, centrée sur le Cameroun -pays surnommé « l’Afrique miniature »- et ses environs. La première partie présente les perles à travers un historique des recherches antérieures , et une étude de corpus. La deuxième analyse les utilisations des objets perlés, tandis que la dernière est dédiée à leur symbolique. Les techniques de production des perles et leurs montages en objets sont développés dans la première partie de l’étude. Afin d’étudier au mieux le corpus imposant, une classification personnelle a été réalisée. Elle est inspirée de l’article d’Horace Beck, publié en 1928 dans Archaeologia. Les habitants du Cameroun sont éclectiques dans leurs choix. Les perles peuvent être d’origine minérale, synthétique, organique ou végétale. Leur longueur varie de moins d’un millimètre à une dizaine de centimètres, et leur rapport avec la largeur n’est pas fixe. La majorité des perles sont régulières rondes ou à facettes, mais les pendantes ou les perles d’espacement ne sont pas exceptionnelles. Certaines perles comme les cauris dont la partie bombée est arasée, sont irrégulières d’un point de vue géométrique mais témoignent d’un standard spécifique. L’étude typologique des perles met en avant la présence de modèles, nombreux mais précis, traduisant l’exigence des populations. La plupart de ces canons de perles sont visibles à différentes époques, par réemploi d’éléments anciens ou par reproduction de modèles. Un montage peut faire côtoyer des perles antiques et d’autres plus récentes servant à la restauration d’un objet abîmé. Il est donc hasardeux de dater un site ou une œuvre par ses perles étudiées isolément. En revanche, les objets perlés pris comme ensemble sont plus spécifiques à une aire chrono-culturelle et peuvent donc constituer de bons fossiles directeurs. Il existe une grande flexibilité dans le choix des perles pour réaliser un même type d’objet tandis que le montage est orienté. Dans le cas des idiophones à percussion, la technique d’assemblage est induite par la nécessité de produire une note sonore et contrôlée. Mais dans d’autres cas, il s’agit de préférences culturelles : actuellement, les sociétés du Grassland privilégient la broderie sur âme de bois recouverte de tissu tandis que les populations montagnardes du nord du pays favorisent les techniques de tissages empruntées à la vannerie. Dans les périodes plus anciennes, la nature du lien et la forme des objets réalisés étaient très différentes de celles que l’on observe actuellement, ce qui montre une évolution des techniques. Si les techniques ont changé au cours du temps, l’étude des usages des objets perlés montre à l’inverse une certaine pérennité. La deuxième partie de la thèse s’attache à démontrer, à travers de nombreux exemples empreints à diverses sociétés du Cameroun, qu’il existe actuellement un système commun et cohérent, vraisemblablement transposable aux objets perlés plus anciens. Chaque objet perlé sert dans plusieurs domaines : social, spirituel, économique et artistique. L’utilisation de l’objet dans divers champs d’activité peut être concomitante ou différée, mais l’objet aura toujours un usage mélioratif et une symbolique positive. Un rapide tour d’horizon hors de notre zone d’étude suggère que ce ne serait pas propre à la région du Cameroun, mais commun à l’ensemble des religions du globe. De ce fait, nous émettons l’hypothèse d’une symbolique des perles universelle, remontant possiblement à la Préhistoire. Complétant cette signification générale des perles, les objets peuvent véhiculer des symboliques culturelles à travers l’iconographie et les couleurs. Ainsi, l’apparition du vert foncé dans les objets postérieurs à la seconde moitié du XXe siècle au Grassland aux côtés du rouge et du jaune n’est pas liée à des évolutions techniques mais à des mutations politiques. Ces teintes évoquent ensemble les drapeaux du Cameroun depuis 1957 ainsi que les couleurs du panafricanisme. Une approche transdisciplinaire concernant les perles d’aigris a permis de conclure qu’elles seraient réalisées en labradorite. D’après les écrits, elles étaient un marqueur social puisqu’elles distinguaient les chefs du commun mais elles étaient aussi l’échelon suprême du système monétaire perlé du golfe de Guinée. Elles avaient un rôle esthétique pour la parure des vivants et spirituel lorsqu’il s’agissait d’offrande funéraire ou religieuse. Bibliographie Beck, H. C. (1928) – Classification and nomenclature of beads and pendants, Archaeologia, n°77, p. 76.
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Thèse
Archéologie et Préhistoire. Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, 2016. Français
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Contributeur : Mathilde Buratti <>
Soumis le : mardi 9 janvier 2018 - 18:29:09
Dernière modification le : vendredi 14 septembre 2018 - 09:56:03
Document(s) archivé(s) le : mercredi 23 mai 2018 - 17:56:45

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Mathilde Buratti. Perles d’Afrique, des données archéologiques aux objets actuels : utilisations et symbolisme à travers l’exemple des perles du Cameroun. Archéologie et Préhistoire. Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, 2016. Français. 〈tel-01679352〉

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