Archéologie et identité : le Moyen-Âge, un entre-deux idéologique

Résumé : Un entre-deux, c'est-à-dire un espace, un état, une capacité entre deux extrêmes. En 1992, je parlais, lors d'un colloque à Bordeaux, de « paradoxe de la création ». Eh 1996, j'abordais timidement la critique historiographique (dans un article publié par la revue Sources, puis dans le dossier « Archéologie et identité : les fondements idéologiques de l'archéologie » paru, en 1997, dans les Nouvelles de l'archéologie), celle « d'impossible » Moyen Âge. Ce dossier reflétait l'histoire d'une préoccupation, d'une urgence, depuis la tentative d'organisation d'un colloque à Valmy, en 1988. Avec, aujourd'hui, l'idée d'un « entre deux », nous ne sommes pas dans la ligne d'une lointaine prise de conscience, faite il y a trente ans, mais bien plutôt en face d'un retour sur expérience. Le mot « moyen âge » désigne un concept forgé au XIXe siècle, qui n'a pas de pertinence culturelle, en particulier en termes de « culture matérielle ». C'est une pure fabrication idéologique, déterminée par référence à un avant prestigieux, l'Antiquité, et un après, tout aussi prestigieux, la Renaissance. Les bornes chronologiques académiques sont comprises entre le Ve et le XVe siècle : mille ans, de 476, date officielle et politique de la chute de l'empire romain, à 1453, date officielle de la chute de l'empire byzantin (l'empire romain d'Orient) ou à 1492 (découverte de l'Amérique). Cette chronologie n'a aucune pertinence en termes de société, qu'il s'agisse des vestiges matériels ou, plus généralement, des diverses « cultures ». Si nous raisonnions en termes culturels comm e les collègues des périodes sans écriture, nous identifierions sans doute nos phases culturelles de façon tout à fait différente. On pourrait, à titre d'exemple, proposer une Première période durant laquelle une culture très antique serait marquée par la diffusion d'une nouvelle pratique religieuse (le christianisme), une nouvelle relation des vivants à leurs morts, des formes particulières d'expression de cette religion en termes matériels : lieux de cultes, cimetières, etc. Viendrait ensuite une Deuxième période marquée par de nouvelles formes de polarisation de l'espace qui ont perduré jusqu'au XXe siècle : agglomérations secondaires (à l'origine du second réseau urbain européen), lieux centraux, découpages administratifs de l'espace (paroisses/communes). L'archéologie du Moyen Âge : une lente et douloureuse gésine L'archéologie médiévale a connu une émergence rapide dans les pays européens non romanisés, où elle est légitimée par le fait que le Moyen Âge marque la naissance de l'état (Europe moyenne et orientale, anglo-saxonne et Scandinave). En France, au moment où naissent le mot et le concept, la légitimité en archéologie est celle de l'archéologie classique (antique), fondement de la légitimité républicaine.
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Contributor : Umr7041 Arscan <>
Submitted on : Wednesday, April 10, 2019 - 2:52:33 PM
Last modification on : Friday, April 12, 2019 - 1:23:12 AM

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Joëlle Burnout. Archéologie et identité : le Moyen-Âge, un entre-deux idéologique. Cahier des thèmes transversaux ArScAn, CNRS - UMR 7041 (Archéologie et Sciences de l'Antiquité - ArScAn), 2002, pp.233-234. ⟨hal-02095526⟩

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